ADIEU CLAUDE

Claude, mon frère, c'est donc moi qui ai le redoutable privilège d'évoquer le premier ta mémoire et de te dire adieu pour la dernière fois au nom d'une grande partie de tes amis.
Si les mots sont creux, en ces moments de deuil, ce ne sont qu'eux hélas, qui peuvent être les pâles porteurs de nos sentiments, de nos émotions, de nos désarrois qui nous étreignent devant les restes de ta présence physique parmi nous.
C'est le privilège des hommes de bien, de rester encore plus grands dans les mémoires de ceux qui les ont approchés qu'ils ne le furent dans leur existence et ce par le souvenir inaltérable de leurs actes quotidiens, ce qui est beaucoup plus difficile que le rappel de quelques actes d'éclat.

Claude Astier est né le 6/01/1947, nous sommes nés le même jour, le jour des rois, sujet à de fameux jeux de mots, mais bien entendu, ce n'est pas la même année !
Je me rappelle l'adolescent handicapé par une scoliose qui promenait dans Tain – Tournon sa minerve avec ses copains toujours prêts à faire des canulars.

Puis ce fut les Beaux Arts à Lyon. Il en sortit brillamment et commença de travailler immédiatement dans une entreprise d'aménagement de magasins, mobilier, moquettes, les Ets Perraud à Tournon. Dans une province alors très « France profonde », ses idées novatrices choquaient aussi quelques fois.

Avec son complice de l'école primaire, de « la laïque », Gérard Trezzini artiste lui aussi ils créèrent une agence de publicité ID Publicité en 1972.Installés d'abord à Tournon, dans le local d'une ancienne banque devenu par la suite le siège du Crédit Mutuel, ils se développent bien que heurtant quelques fois leurs clients timides par l'originalité de leurs créations n'hésitant pas à faire des séances de « happening pictural » à la MJC. Je m'enorgueilli s d'avoir été leur premier client industriel, par la réalisation d'un catalogue de matériel électrique. [...]

Jusqu'en 1979, nous nous sommes côtoyés tous les jours et nous avons eu de grandes complicités. Sa sensibilité post 68 d'alors faisait qu'il me suivait dans les collages des affiches pour le parti socialiste. Les opérations étaient quelques fois mouvementées avec des nerveux montés de Marseille ou même avec des colleurs locaux de la sensibilité Algérie Française, mais finalement même si cela se passait avec passion, cela se terminait bien et c'était l'occasion de franches rigolades.

Claude était un homme de cœur, sensible, humain, même si par pudeur, il cachait ses sentiments par peur qu'on les assimile à des faiblesses.
L'idéal de ma F.M. basé sur le culte de la fraternité, de la solidarité et le croyance en la construction d'une humanité meilleure et plus éclairée par le respect des autres et de soi même ne pouvait que le séduire.
Nous avons été quelques uns à le conseiller à entrer à l'Atelier Amitiés et Progrès de la G.L. de France à l'Orient de Valence.

Le 13/03/83, il sera initié apprenti, le 27/04/84 compagnon et enfin il obtiendra la plénitude de ses droits maçonniques par l'obtention du grade de Maître le 24/02/89. Bien que travaillant à Bonneville, Sallanches où il fréquentait les ateliers locaux, il revenait souvent se ressourcer dans sa loge mère.

D'autres amis vont maintenant évoquer sa réussite professionnelle de même que son épanouissement dans la création artistique où il s'est accompli suivant le choix qu'il a fait heureusement très tôt, mais je voudrais te dire Cathy et vous tous ses enfants et petits enfants et proches que nous serons toujours là pour être près de vous afin de vous aider à conserver vivante la mémoire de Claude.

C'est la chance qu'ont les créateurs tels que Claude de pouvoir par leurs œuvres dominer la force du temps qui par l'inertie de l'oubli détruit tout.
Il est parti trop tôt, c'est certain, mais le fait qu'il nous ait quitté dans son intégrité physique doit vous aider à supporter son départ.
En effet, il avait bien dit que s'il perdait l'usage de ses yeux et de ses mains et qu'il ne puisse plus peindre, il préférait la mort.
Rapidement, la gravité du coma ne laissait plus d'espoir, en conséquence hélas, l'issue fatale a été la bonne voie.

Vous tous, et principalement ses petits enfants, qu'il a marqués de son empreinte malgré le peu de temps qu'il les a côtoyés, vous saurez vous guider sur l'exemple de sa vie.

En regardant ses tableaux dans les moments de doute, d'incertitude, de faiblesse, grâce à la luminosité de ses œuvres, la vérité des instantanés de vie qui s'y expriment, nous saurons que l'homme est capable du meilleur, et c'est en ce meilleur que l'on doit croire et que l'on doit tendre.

Claude, il faut pourtant se séparer, nous qui avons été si souvent ensemble en des moments de joie partagée et de communion spirituelle.
Je ne peux donc qu'en serrant les dents, et en remettant près de tes cendres, le rameau d'acacia symbole maçonnique de la continuité de la nature, que te dire avec tous ceux qui t'aiment et ne t'oublierons jamais …

             Gémissons              Gémissons           Gémissons                                                        
                                                                                   Mais espérons

Jacques
25/04/07

 

Claude,

Ne t'énerve pas, tu ne vas pas être content, mais ce matin tu me donnes envie de croire en Dieu.
Tu serais sur ton nuage et on te retrouverait. Bien sûr tu aurais essayé de redescendre nous voir, un peu pour nous surveiller, un peu pour nous engueuler : « mais qu'est ce que vous foutiez en bas ,  vous en avec mis du temps, Cathy, est-ce que tout le monde est là au moins »

Aujourd'hui, en bas, tout le monde est là. Inouï, Surréaliste, m'a dit une de tes chères protégées.
T a tribu est totalement incrédule devant ta pirouette, ta dernière provocation. Tu aurais pu attendre et faire comme tout le monde, partir en beau vieillard blanchi. Mais pour quelqu'un qui était en permanence aux aguets de la vie tous azimuts, c'était probablement inconcevable.
Est-ce qu'il faut attendre les enterrements pour dire qu'on s'aime. C'est la part du regret, devant le poids des choses qu'on avait encore à faire ensemble.
Toi, tu m'avais dit la place de la famille, de Cathy, comment tu aimais tes belles filles, et comment tu étais fiers de leurs maris. En parler te rendait encore plus agité et heureux.

Tu aurais été un bon professeur pour m'apprendre à être grand père. Tu m'avais assuré t'y être rapidement mis et avec délectation, et je veux bien le croire quand je me souviens comment tu a réveillé le monde, toutes affaires cessantes, pour les naissances. Et J'ai envié les regards que tu échangeais avec les garçons et ta petite princesse.
Ton empreinte est là, de père, de grand père, d'ami, profondément imprimée sur les deux générations. Mais tu nous manquais déjà quand on n'avait pas de mail d'une semaine, c'est dire qu'on va te chercher et te voir partout, maintenant.

Claude, ne te fâche pas, d'accord, c'est entendu, on va continuer à vivre, à cuisiner, à faire des projets, à recevoir du monde, à élever les enfants, tes petits enfants. Mais tes couleurs, tes camions déchirés qu'on entendait rien qu'à les voir, tes grosses, tes maigres, tes bistrots, tes villages, tes golfeurs, ils vont faire quoi ? et tes nounours, tu y a pensé à tes nounours ?
Tes traces restent , et il ne reste que le manque béant.

Salut Claude

Alain Voloch 25 Avril 2007

 

La mort n'est rien.
Elle ne compte pas.
Je me suis simplement éclipsé dans la pièce d'à côté.
Rien n'est arrivé, tout est resté exactement comme c'était.
Je suis moi et tu es toi, et la vielle vie que nous avons vécue si intensemment est toujours là, intacte, inchangée.
Ce que nous avons été l'un pour l'autre, nous le sommes toujours.
Appelles moi par les petits mots familiers que tu me donnais, parles moi avec le même naturel qu'avant.
Ne prends pas un ton différent. N'arbores pas un air solennel ou triste.
Ris comme nous le faisions des petites plaisanteries dont nous nous régalions ensemble.
Amuses toi, souris, penses à moi, pries pour moi.
Que mon nom courre sur les bouches comme avant, qu'il soit prononcé sans effort, sans que pèse la moindre ombre sur lui.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifié, elle est pareille à ce qu'elle a toujours été
Il y a une continuité absolue, ininterrompue
Que représente cette mort sinon un négligeable accident ?
Devrais je être oublié sous prétexte que je ne suis pas visible ?
Je ne fais que t'attendre pour un bref laps de temps, quelque part tout près, juste au coin de la rue.
Tout est bien.

Frederico Garcia Lorca

Texte dit par Marie-Hélène et  Angéla

 

Claude,

La première fois que je t'ai rencontré, je me suis dis : «  Oulala, il a pasl'air commode celui là. Et puis, rapidement, j'ai découvert que derrière cette dure carapace se cachait un homme gentil, sensible, avec un cœur énorme, toujours dévoué aux autres et parce que tu m'as laissé découvrir ta vrai personnalité, une relation de confiance et de proche complicité s'est établie entre nous. Avec nos dix jours d'écart et quelques années on s'est découvert de nombreux points communs mais aussi des traits de caractère semblables. Comme moi tu pouvais être aussi casse couille que charmant, j'adorais lorsque tu te braquais contre quelqu'un et que tu ne lui adressais pas la parole, j'adorais tes coups de gueule ou tes colère qui me faisaient rire, tu le savais bien d'ailleurs. Tu étais toujours celui qui disait « Oui » à toutes mes idées saugrenues, que ce soit pour débarrasser un hôtel ; aller passer la journée dans des bains bouillonnants, peindre ma salle de bain ou aller se faire une bonne bouffe, avec Cathy tu étais là, toujours là.

Si pour d'autres tu as été un bon père, un bon frangin, un bon ami, pour moi tu auras été et tu resteras l'ensemble de tout ça, un guide peut-être. Tu m'as ouvert les yeux sur le monde, donné ton avis sur les choses, tu m'as aidé à mûrir, à évoluer là où mon père a échoué. On parlait beaucoup tous les deux, on parlait souvent, on parlait de tout, sans tabous mais il y a une chose que je n'ai pas eu le temps de te dire Claude, c'est merci, merci de m'avoir offert ton amitié, ton affection, ton soutien qui m'ont procuré tant de joies, de bonheur et de réconfort.

Tu me manques, tu me manqueras toujours.

Adieu mon Claude

Yves

 

[…] Claude avait une passion, presque une maîtresse : la peinture […] Les artistes ont cet avantage que leurs œuvres leur survivent et c'est vrai que chacun d'entre nous a, chez lui, accroché à un mur un souvenir de Claude Astier. Je pense que cela durera longtemps.

Aujourd'hui le monde entier connaît Léonard de Vinci, mais ignore tout de François Premier ou du Pape de l'époque qui devait être un Médicis […] Claude restera dans les esprits pendant longtemps, c'est l'avantage de l'art sur l'économie ou la politique. Les artistes sont comme les diamants : ETERNELS.

Pierre

 

[…] Je veux te dire Claude que nous t'aimions Toi qui savait cacher sous des airs un peu bourrus ta grande sensibilité et ton immense générosité, et que tu restera à tout jamais dans nos mémoires et dans nos coeurs.
Puisses tu reposer en paix au paradis des Artistes toi qui a tant travaillé à embellir notre vie et à nous rendre si heureux grâce à tes toiles magnifiques qui éclaboussent nos murs de lumières et de couleurs
Merci Claude
Adieu mon cher Ami
Salut l'artiste

Roger

 

Au revoir Claude,

Cela me fait mal que tu ne puisses jamais réaliser les invitations pour mon mariage comme tu nous l'avais promis a Victor et a moi.
C'est toi qui a fait la couverture du livre de mamie.

C'est toi qui a été la pour m'écouter dans les moments difficiles de ma vie ici de l'autre cote de l'Atlantique.
C'est avec toi que j'adorais raconter des bêtises sur internet.
C'est toi a qui j'ai confié un secret quelque temps avant que tu partes.

Tes tableaux remplissent ma maison de toi, il ne se passe pas un jour sans que tu sois la avec moi. Ils sont tellement colores et gais, comme toi.

Claude tu es parti trop tôt, je suis inconsolable. J'espère que tu veilleras sur moi de là haut.

Je t'aime très fort Claude et ne t'oublierai jamais.

 Marion

 

Histoire d'Amour

Les taches blanches du cerisier, sur la montagne sont aussi uniques qu'un jeune bédouin
Sur le quai du métropolitain.
Pourtant se souciant de rien, continuant leur vie.
La fleur bien blanche, lisse et légère remue sur la branche de l'arbre.
Le bédouin bien heureux, ira rejoindre sur son chameau son destin.
La belle fleur s'envolera et dans le désert se déposera
Tel un baiser sur la joue d'ébène du jeune bédouin endormi.
Tous deux rêvant d'espace infini.
Mais tout est éphémère;
La fleur s'envolera et le bédouin s'éveillera.
Pourtant tous deux garderont cet instant à jamais dans leur cœur.

Lorette

 

Chers amis et pour certains chers frères

J'ai connu Claude il y a 13 ou 14 ans dans la partie de sa troisième vie

L'amitié c'est comme l'amour, et nous avons établi ensemble un curieux dialogue, celui de deux introvertis timides et réservés lui cachant sous son air bourru sa sensibilité, et moi masquant le tout sous une grande volubilité.

Comme j'appréciais et j'admirais son accomplissement et que je lui disais souvent « tu sais tu as de la chance d'accomplir ton rêve » je m'attirais invariablement cette réponse « claudienne » déconnes pas.

Non, je ne deconnais pas moi qui excellais dans rien « a part le travail » je regardais avec envie Claude s'épanouir année après année avec l'évolution de son art et de ses surprises permanentes

Tout était source de nouveautés, nous avions partagés quelques moments forts au Niger, et il avait participé a la mise en culture des jardins de Tidenne ; avec quel bonheur il arpentait les plantations ; toute une série de tableaux suivirent.

Un weekend à Varsovie pour visiter Angela Vincent et les enfants, la visite d'une collection merveilleuse de peintures clandestines du temps de l'occupation de l'URSS, gardé avec passion par un résistant de l'époque

Pour Claude les choses étaient simples en amitié, dans la vie le courant passe ou ne passe pas « pas de compromis » pour rien !!

Nous partagions également le sentiment de ne pas avoir consacré suffisamment de temps à nos enfants dans cette dure époque de construction de nos vies et l'envie de mettre a l'abri du besoin nos familles

Sa manière de faire ou d'expier « cette faute » que je connais bien consistait « mine de rien » a s'inquiéter de tout pour ses enfants de les surprotéger c'était sa manière « de compenser » et le lui faisait particulièrement bien avec ses petits enfants.

Il était fier de ses fils et de ses belles filles fier de la performance de Marie Helene et de Nicolas qui a leur manière vivait leur rêve et admiratif « de l'énergie » déployée pour la réussite de leur gite.

Idem pour Angela et Vincent qui acceptait pour la réussite professionnelle de Vincent une vie « mondialisée »

Comme il aimait ses belles filles et petits enfants

Mais voila c'est décidé, nous allons dorénavant parler de Claude au present, il est présent chez nous par ses œuvres et hier matin, je regardais une œuvre qu'il m'avait dédié(les inities comprendront) un hamburger façon Claude, deux tranches de pain avec un festival claudien entre les pains)

Demain, je serais dans l'ile de la réunion ou il a accepté de décorer un restaurant très populaire dans l'ile et c'est sans doute ses tableaux les plus visites plus de cinq cent mille visiteurs par an Claude tu restes bien présent

Pour les gens comme nous, la manière de nous perpétuer c'est la trace que nous laissons Claude ce matin entouré de tes proches tu peux être certain de la trace que tu as laissé ; nous avons pleuré sans retenu car nous savons bien que quelque chose s'est brisé, mais en même temps tu peux avoir l'assurance par tes enfants et petits enfants et amis que tu survivras

Nous t'aimons Claude

Michel

 

A notre ami Claude

Nous avons connu deux des vies de Claude.
Tout d'abord dans sa 2 e vie ; nous avons un souvenir précis de notre première rencontre en août dans les années 85-86, ça s'est passé bien évidemment à l'Intermarché .[…]

Cette période s'est résumée en trois mots « travail, travail et encore travail » pour le couple toujours sur le pont - Cathy avec « ses filles » et Claude au bureau. […]

Puis il y a eu sa 3 e vie. On peut parler de l'explosion d'une nouvelle vie : il fallait rattraper le temps perdu en peignant, laissant Cathy un peu désorientée. […]

L'esprit toujours positif, prêt à saisir toute opportunité nouvelle. Homme très famille – nous pourrions même le qualifier de patriarche – qui pas sa tendresse et sa relation avec les enfants - avec notre Nicolas dans notre cas- nous faisait entrer dans la sienne et intégrait la nôtre. Il fut le seul à demander tout de go « c'est pour quand le mariage » à la première rencontre avec Draginja, comme il va nous manquer le 26 mai jour du mariage. […] D'autre part, il faut relever qu'il fut un homme très pudique et très réservé vis-à-vis de lui-même et de ses sentiments.
Lorsqu'il arrivait que quelqu'un lui demande s'il peignait des nus, il répondait que lui il peignait des camions !

[…] A l'apogée de cette 3e vie, après avoir si merveilleusement fêter ses 60 ans grâce à Catherine et ses belles filles, Claude nous a quittés trop tôt et si brutalement qu'un sentiment de révolte nous envahi mais, qui sait, ce départ aussi difficile à comprendre l'a peut-être préservé de l'affrontement à une 4 e vie ne correspondant pas à son caractère et qu'il aurait eu peine à accepter.

[…]Consolons-nous et disons-nous qu'il est maintenant dans une toute nouvelle vie pleine de jeux de lumière et de couleurs.
Pour notre part nous conserverons ainsi à jamais le souvenir inoubliable de ce véritable ami toujours rempli de projets tant pour son travail que pour les siens.

Jacqueline

 

Les portes

J'ouvre dans mon corps une porte vers la mer
J'ouvre dans la mer un chemin sans retour
J'ouvre dans ma maison la taverne de mes vies
J'ouvre vers le cancer mon tropique
J'ouvre dans Thèbes un soleil noir
J'ouvre cinq citadelles dans le désert
J'ouvre le chemin des flûtes vers Samarcande
J'ouvre derrière les portes un huis secret
J'ouvre dans Kûfa la porte du Mihrâb
J'ouvre dans ce Mihrâb un sentier
Qui me hisse au paradis
Je creuse au paradis un passage souterrain
Qui me descend aux enfers
Je creuse en enfer un chemin
Qui me porte à la femelle
J'ouvre dans le corps de la femelle
Une porte vers le monde invisible
Dans le royaume de l'Unique
J'ouvre une porte à répétition.

Poème de Mohammed Ali Chemseddin lu par Benoît

 

Claude est mort heureux. Il faut s'en convaincre. Il est rare d'avoir deux vies aussi différentes que les siennes. Il est rare d'avoir pu choisir la vie rêvée et mise entre les parenthèses des affaires et du tumulte et de la vivre enfin ; de la vivre pleinement, de rattraper ce qui était sans doute pour lui le retard, alors que pour la plupart d'entre nous cela aurait pu s'appeler la consécration. Il a tranché et choisi, dans la sagesse et l'exaltation, de peindre, après avoir assuré ses arrières et surtout ceux de sa famille….Ne pas faire de ceux qu'il aimait les victimes d'un choix qui aurait pu leur paraître hasardeux.

Alors quand Claude est devenu peintre – ou plutôt l'est redevenu (on ne s'embarque pas aux Beaux - Arts par manque d'imagination) – ce fut avec la frénésie contrôlée de celui qui sait qu'il n'y a plus de temps à perdre.

C'était un touche à tout brillant qui, en quelques années, a tout tenté dans son art. Il eut plusieurs époques, plusieurs styles, dans un travail diversifié. Illustrateur hors pair, à l'écriture protéiforme, tiraillé entre des expériences opposées, voulant réussir tout et tout de suite, dans un atelier éclaboussé par la violence sereine de la couleur, je l'ai vu douter et s'interroger, refuser la facilité, aller au-delà de ce qu'il savait si bien faire. C'est pour ça que Claude était un vrai peintre. Il connaissait également, aimait et respectait la peinture des autres qu'il collectionnait avec goût et avidité.

Il y avait un univers Astier. Il y avait une couleur Astier. Et il maîtrisait le dessin qu'il pratiquait avec un dilettantisme probe et élégant qui aurait fait le bonheur de bien des agences de publicité, mais il ne voulait pas être catalogué aussi facilement. Il était en recherche permanente. Je suis persuadé qu'il n'aurait pas fini de nous étonner. Mais ce que nous devons retenir de lui, ici, aujourd'hui, c'est que la vie d'un homme ne vaut que par la passion qu'il y met pour réaliser ses rêves. Quand Claude est hospitalisé pour subir cette opération qui devait le sauver et qui l'emportera, il dit au médecin que, quoi qu'il lui arrive (sombre prémonition , la seule chose qu'il souhaite préserver ce sont ses yeux. Pour peindre, a-t-il dit. Il restera vos yeux, à vous tous qui l'avez aimé, pour le voir à travers l'œuvre qu'il laisse et l'imaginer dans son atelier au milieu de ces villes imaginaires et dressées, de ces déserts traversés par des camions charriant toute la misère bariolée du monde, de ces personnages improbables et joyeux, de ces immeubles ravagés, de ces foisonnements d'enseignes et de néons, de ce monde laid et beau rempli d'enfants rois …Il nous restera tout cela pour ne jamais l'oublier.

Et puis, Claude, permets de dire à celui qui découvre ce cimetière au pied de ce que beaucoup – et c'est mon cas – considère comme la colline éternelle du vin, que ce lieu te va bien. Ce lieu à faire pâlir d'envie tous les gisants du cimetière marin de Valéry….Ce lieu d'où tu vas pouvoir faire la nique à tous les empêcheurs de fumer le cigare…..Ce lieu où tu tiens, en quelque sorte et pour l'éternité, ta revanche. Adieu Peintre. Tu seras bien .

Jean-Claude Fert

 

Cette peinture que j'ai réalisé pour rendre hommage à Claude.Elle représente nos deux personnages se balladant dans l'univers des peintures de Claude. C'est certainement le genre de travaux que nous aurions du réaliser pour l'exposition en commun. Mais c'est surtout pour montrer le très grand accueil dans son univers artistique dont il m'a fait part, et ce malgré une différence d'âge (quasi la même que ses fils) nous nous entendions parfaitement.
J'ai été très heureux de pouvoir apprendre et aussi d'avoir  partagé ce goût pour la peinture durant ces 7 années.      

Adieu Claude
Je ne t'oublierai pas.

Christophe.